lundi 26 mai 2008
Hommage au sol
Par Marie-Claire Bevar, lundi 26 mai 2008 à 23:43 :: Marcher
Marcher est un état où l'esprit, le corps et le monde se répondent...



Printemps 1989
"J'ai besoin de marcher, de marcher, de quadriller la ville en tout sens, de sentir son sol sous mes pieds. J'ai besoin de sentir tous ces matériaux qui la composent; béton, asphalte, métal, gravier, cailloux, marbre, pavés, herbe, verre, granit. J'ai besoin de prendre possession de ce sol qui m'entoure de l'absorber de l'engloutir en moi.
Sur la rue je veux être, vivre, m'installer, rester rencontrer, fêter, danser, manifester.
Avant toi la ville, mon territoire était les champs, la fôret, la campagne. Je me couchais, me roulais dans l'herbe, j'observais l'univers qui s'y déployait. Je creusais la terre. Je m'imbibais de la terre. Je faisais des processions au travers des champs pour bénir les récoltes. Je recouvrais le sol de mon village de pétales de fleurs de mousse et de fougères. Je m'élargissais dans tous les sens de mon chemin quotidien."


Objets transitionnels de perception
Produits d'orientation à la réalité
Objets et outils manufacturés sont des prolongement du corps dans le monde, et par conséquent des moyens de le connaître. extrait de l'Art de la marche Rebecca Solnit
C'est vers 1989 que je commence mes investigations, qui me m'inspireront la création des accessoires et des pantoufles qui constituent le travail que j'ai par la suite appellé " HOMMAGE AU SOL". Ai-je au départ été plus interpellée par le sol ou par le pied? Enfant, dans ma famille nous marchions beaucoup, dans la forêt à côté de notre maison, dans le village, dans les montagnes. La campagne où j'ai grandi est forte, large, avec de petites collines sous un ciel immense. J'ai toujours rêvé d'avoir des bottes de sept lieux pour enjamber les collines, peut-être pour apercevoir la mer. Immigrée à l'adolescence à Genève, je vais, je viens toujours à pied, et plus tard en patins à roulettes. Après la campagne, cette ville est devenu mon principal terrain de rencontre avec le réel. Et c'est sur son sol que mon piétinement résonne, que mon regard s'accroche et cherche un au-delà. Un jour, cet au-delà fait résonance à un au-dedans, aux souvenir de l'enfance, des origines, de la terre et des rituels qui l'accompagnent. J'ai donc sûrement tout d'abord choisi de me pencher sur le pied, mais le mot sol vibre en moi. Cette osmose du pied et du sol est tellement puissante, tellement vaste qu'elle m'a confronté avec la complexité des tentatives d'adaptation de l'homme avec son milieu. Mon ambition n'a pas été d'aboutir à une recherche scientifique. J'ai tenté avec mes moyens et au-travers de ma propre réalité de transmettre des observations, des sensations, des traces de mes pas. J'ai tenté d'apprivoiser dans mon quotidien une certaine qualité du temps, une qualité de relation aux objets et aux lieux qui favorisent les notions de plaisir et de jeu. Cette acuité de présence, je l'ai traquée au travers du choix des matériaux ainsi que par les multiples ajustements techniques. J'ai ainsi cherché a favoriser l'émergence des perceptions sensorielles entre le pied et le sol. Ce travail trace un parcours... en moi-même... dans la ville... à la rencontre des autres.
Lien archives dot galerie

Printemps 1989
"J'ai besoin de marcher, de marcher, de quadriller la ville en tout sens, de sentir son sol sous mes pieds. J'ai besoin de sentir tous ces matériaux qui la composent; béton, asphalte, métal, gravier, cailloux, marbre, pavés, herbe, verre, granit. J'ai besoin de prendre possession de ce sol qui m'entoure de l'absorber de l'engloutir en moi.
Sur la rue je veux être, vivre, m'installer, rester rencontrer, fêter, danser, manifester.
Avant toi la ville, mon territoire était les champs, la fôret, la campagne. Je me couchais, me roulais dans l'herbe, j'observais l'univers qui s'y déployait. Je creusais la terre. Je m'imbibais de la terre. Je faisais des processions au travers des champs pour bénir les récoltes. Je recouvrais le sol de mon village de pétales de fleurs de mousse et de fougères. Je m'élargissais dans tous les sens de mon chemin quotidien."


Produits d'orientation à la réalité
Objets et outils manufacturés sont des prolongement du corps dans le monde, et par conséquent des moyens de le connaître. extrait de l'Art de la marche Rebecca Solnit
C'est vers 1989 que je commence mes investigations, qui me m'inspireront la création des accessoires et des pantoufles qui constituent le travail que j'ai par la suite appellé " HOMMAGE AU SOL". Ai-je au départ été plus interpellée par le sol ou par le pied? Enfant, dans ma famille nous marchions beaucoup, dans la forêt à côté de notre maison, dans le village, dans les montagnes. La campagne où j'ai grandi est forte, large, avec de petites collines sous un ciel immense. J'ai toujours rêvé d'avoir des bottes de sept lieux pour enjamber les collines, peut-être pour apercevoir la mer. Immigrée à l'adolescence à Genève, je vais, je viens toujours à pied, et plus tard en patins à roulettes. Après la campagne, cette ville est devenu mon principal terrain de rencontre avec le réel. Et c'est sur son sol que mon piétinement résonne, que mon regard s'accroche et cherche un au-delà. Un jour, cet au-delà fait résonance à un au-dedans, aux souvenir de l'enfance, des origines, de la terre et des rituels qui l'accompagnent. J'ai donc sûrement tout d'abord choisi de me pencher sur le pied, mais le mot sol vibre en moi. Cette osmose du pied et du sol est tellement puissante, tellement vaste qu'elle m'a confronté avec la complexité des tentatives d'adaptation de l'homme avec son milieu. Mon ambition n'a pas été d'aboutir à une recherche scientifique. J'ai tenté avec mes moyens et au-travers de ma propre réalité de transmettre des observations, des sensations, des traces de mes pas. J'ai tenté d'apprivoiser dans mon quotidien une certaine qualité du temps, une qualité de relation aux objets et aux lieux qui favorisent les notions de plaisir et de jeu. Cette acuité de présence, je l'ai traquée au travers du choix des matériaux ainsi que par les multiples ajustements techniques. J'ai ainsi cherché a favoriser l'émergence des perceptions sensorielles entre le pied et le sol. Ce travail trace un parcours... en moi-même... dans la ville... à la rencontre des autres.
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